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Les Ateliers du Plateau de Millevaches à Brin de Zinc*

Brins de Plume septembre 2008

Un conte ou un simple texte avec des mots ou expressions listés (un ou deux par lettre de l’alaphabet) d’après nos souvenirs de nos livres de jeunesse ! (les mots ou expressions sont soulignés)

Texte comme je l’ai lu le soir du vendredi 19 septembre

(il manque un B et un C)

 

Il y eu un blanc. Elle venait de me proposer de passer de l’autre côté. L’occasion était trop belle je ne pouvais louper l’aventure. Dans cette vieille boutique, au fond d’une ruelle, derrière une cour dont l’entrée était cachée par un énorme tilleul, cette ombre me proposait de passer du réel au fantastique devenant un jeune héros. Mais dans la vraie vie je ne serais q’une illustration. Cette masse ténébreuse tapis au fond de son magasin reformula : « choisis ton univers et vis le » gromnola-t-elle en me montrant une étagère couverte de livres, de magazines, de journaux et une urne fêlée. En une aspiration je pouvais, danser avec les fées, prendre une cuite avec Zorro, gagner une course de yack ou devenir un géant. La magie n’enlève pas la cruauté de la vie : faire des choix. Je m’approchais de la bibliothèque pour une découverte avancée des titres. La littérature jeunesse ne m’avait jamais parue aussi riche : quêtes, trésors, rois et souris, romans, nouvelles, articles, dessins et bulles. Mes yeux me piquaient et ces étagères me semblaient un puit sans fond. Noël sera derrière moi que je n’aurais toujours pas tendue la main pour résoudre l’énigme de mon existence. Je me sentais, tel un lémurien ou un koala pratiquant du taïchi, au ralenti. Et puis je ne sais pour quelle raison, sûrement par vengeance, pour dire au destin que cet instant arrivé trop tard, je tournais les talons, pris le train de la sortie, plutôt wagon je demande pas mon reste. La porte claqua couvrant le tintillement xylophonique des carillons du commerce. Quand je rouvris les yeux la nuit s’était écrasée sur ma journée et l’espace d’un instant je fus orphelin. Je me sentais sans pairs ni repères. Mais en levant la tête, une fois de plus je la vis, ma lune.

 

Texte retravaillé (je me suis efforcé de ne pas supprimer les mots de départ)

TITRE : ????????

 

Il y eu un blanc. Long. Très blanc. Elle venait de me proposer d’y passer. Enfin elle venait de me proposer de passer de l’autre côté. Pouvais-je esquiver l’occasion ? L’o-cca-sion, qui comme toutes les aventures farfelues voire paranormales restent un savant mélange entre désir et grosse trouille.

Dans cette boutique à l’ancienne, au fond d’une ruelle partant d’une cour dont l’entrée était cachée par un tilleul quatre fois centenaire, que seule une curiosité mal placée m’avait faite découvrir, cette ombre (elle restera dans ma mémoire sans nom, sans forme, sans visage) me proposait de passer, aussi aisément qu’en l’écrivant, du réel au fantastique rejoignant tous mes héros. Mais ici je ne serais qu’illustration, imagination, et conte de fée.

Elle me murmura de nouveau : « choisis ton univers et vis le ». Cette masse ténébreuse pointait encore une fois une bibliothèque vomissante de toutes sortes de tapuscrits et une urne fêlée. Les étagères étaient inondées de livres, bandes dessinées, magazines et journaux. Il y avait tous les supports utilisés par la littérature enfantine. Elle ne m’était jamais apparue aussi riche. Quête, trésor, tempête ou souris. Romans, nouvelles, articles ou bulles. En une aspiration je pouvais danser avec les fées, prendre une cuite avec Zorro, gagner une course de yack, philosopher avec Babar ou devenir un géant. Magie ou pas je devais faire un choix.

Je m’approchais alors pour une découverte avancée des titres. Mes yeux me piquaient. Trop de poussière et pas assez de lumière. Au bout de la troisième étagère chaque titre me paraissait interminable. Je pensais : « noël sera derrière toi que tu n’auras toujours pas tendu la main et résolue l’énigme de ton existence ». Je me sentais lémurien. Je me sentais koala pratiquant le taïchi. Je me sentais… au ralenti.

Et puis je ne sais pour quelles raisons j’ai tourné les talons. Trop de peur, trop d’excitation. Coup de sang, coup de speed. Vengeance. Pourquoi pas ? Vengeance pour dire au destin que cet instant arrivé bien tard dans ma vie d’adulte déjà si réglée, si concrète, si normée. J’ai tourné des talons. J’ai pris le train de la sortie, wagon je demande pas mon reste, compartiment je me retourne pas, place je dis pas au revoir. La porte a claqué recouvrant le tintillement xylophonique des carillons du commerce.

Quand je rouvris les yeux, la nuit s’était écrasée sur ma journée. Sans pairs ni repères, en cet instant, j’étais orphelin. Mais, en levant la tête, une fois de plus, je la vis, ma lune.

Greg

 

 

UN CONTE POUR L’HIVER

 

 

 

Fastidieux seraient les jours pluvieux propices à une envie d’évasion, s’il n’y avait tous ces récits d’Aventure pour nous faire patienter des beaux jours. Celle de Babar, ou celles de Carrosse et de Château ou bien celle ci de la Déesse captive qui agassait ses geôliers par son imperceptible sourire. Ils en parlaient entre eux, comme d’une indéchiffrable Enigme. La Fée qui avait commandité son rapt par ses deux meilleurs sbires Gros minet et le Géant commençait à se sentir exaspérés par cette Histoire. Aucune privation, aucune douceur, aucun chantage n’avait pu encliner la Déesse à révéler la source de son sourire. Certains y voyaient de l’ironie à leur égard, d’autre de la tendresse et la Fée se demandait si elle n’était pas victime de son Imagination. Elle aussi était Jeune et Jolie, mais sans un sourire comme celui de la Déesse tout en Kaléidoscope, jamais Lancelot du lac ne serait amoureux d’elle. Même avec de la Magie elle n’avait pu obtenir un rendez-vous, pas même le soir de Noël. Il s’était conduit comme un Ours quand elle avait envoyé son Page pour lui offrir un jeu de Quilles et il n’avait pas daigné ouvrir la fenêtre au Rossignol qui était venu chanter l’ode la plus délicate qu’il connaissait malgré les frimas de cet hiver là. Dans une ultime tentative, avec mille recommandations elle avait chargé sa Servante d’apporter aux pieds de son bien aimé tout le Trésor du château mais il n’avait que faire de ces attentions. Chaque fois il lui faisait répondre qu’elle apporte donc tout cela au roi Ubu son voisin car la seule chose dont il eu vraiment envie c’était d’apercevoir à nouveau le même sourire que celui de la Déesse qui avait rempli son cœur de chaleur de lumière et de musique quand il l’avait aperçue entre deux créneaux de la tourelle un jour qu’il passait dans la Vallée après une chasse au Wapiti. Bien sûr il n’avait pas pu vraiment le voir de si loin, mais il l’avait ressenti dans son sang comme un verre de Xérès et n’importe où ailleurs il le reconnaîtrait. Alors la Fée pleura toutes les larmes de ses yeux quand elle comprit qu’elle ne posséderait jamais un tel sourire. De toute façon elle n’avait plus du tout envie de sourire. Elle demanda aux geôliers de ne libérer la Déesse que lorsque celle-ci serait toute vieille et édentée. Elle fit sortir sa Yole enfila son manteau de Zibeline car il faisait très froid en ces temps là et elle partit naviguer sur l’océan de ses larmes et plus jamais on ne la revit.

 

Eve Badiou

 

 

ABCDeraire de la littérature jeunesse

L’aventure commença alors que je lisais Babar à Caspar, mon petit neveu anglais. Nous étions en visite dans le château d’un mien cousin. En attendant le maître des lieux j’avais fureté dans sa bibliothèque, et la découverte du petit éléphant tout de vert vêtu était une tel énigme pour Caspar que je me mis à lui conter son histoire. Soudainement une jolie demoiselle s’approcha de nous : « je suis la fée Paulette, votre cousin Hector le géant m’envoie pour vous guider vers lui, suivez moi dit elle en sautillant, vous allez rencontrer tous les gentils héros de cette drôle de famille. Cette jolie fée était l’illustration parfaite des personnages jadis rencontrés au cours de mes nombreuses lectures. Sa robe scintillait, elle formait un kaléidoscope de formes et couleurs merveilleuses.

« Je vous présente tout d’abord Lulu le loup-garou de la famille, dit-elle, s’arrêtant devant un portrait assez terrifiant. Il a été très prolifique puisqu’il a donné dix enfants à sa femme, dont le fameux Merlin l’enchanteur. Mais avançons si nous traînons Noël sera bientôt là, et les orphelins vont venir chercher leurs cadeaux. Nous courons vite à sa suite, elle s’arrête enfin devant une mystérieuse porte blindée ; ici sont les appartements de la princesse Auriane, elle y dort depuis cent ans. Continuons nous ne pouvons la déranger elle attend son prince. »

Un chant mélodieux retentit soudain à nos oreilles.

« C’est le rossignol fétiche de votre cousin. Il annonce notre arrivée mais attention un sortilège nous empêche de le voir, c’est la tendresse et non la vengeance qui permettra de le dénouer, pensez à lui avec amour, ensuite nous monterons dans un wagon pour l’ultime étape. Mettez une zibeline, nous conseilla t’elle, car il fait très froid dans ce train »….…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

« OH ! oh ! Aline réveille toi » C’est Hector mon cousin qui me secoue, il ajoute : « viens donc rejoindre Caspar il est en train de goûter avec Paulette la Fey, elle nous a amené un superbe crumble aux myrtilles, ça avec un bon thé : rien de tel pour te réveiller ! » .

Chantal

 

Mots

Mots

Un soir, un mot…tard

Sur une mot…tôt

Arrive en retard.

c’est la faute à mot…rice,

Il a cassé son mot…teur.

Sur sa mot…trice,

Triste mot…tif, ou beau mot…bile ?

Dit la mot…mie.

Une vieille mot…bylette

Plus très mot…derne

En roue libre

Glisse sous la pluie.

Sous son casque, un mot de tête

Le hante et le poursuit.

Aussitôt, le mot…tard s’arrête

Quelle mot…viète !

Mot…sans lettre, mot…ivation,

Mot à mot

Mot…vais garçon…

pas plus vite que la musique, ho là ! ho là !

vas’ y, mot…l’eau !

Ecoute le bruit des mots, le soir

Au fond des bois

Et sans mot…lire,

Sans mot…dire

rendors toi

Dans mes bras.

Moulin de Senoueix

Moulin de Senoueix – sur le cours du Taurion en aval du Pont de Senoueix.

Éboulis de pierres et de bois de charpente avec une importante végétation envahissante (bouleaux et autres arbres)

Par les pistes à 500 m de la sortie du village vers Vallières prendre la première piste à droite et encore à droite à un embranchement

Jusqu’à la guerre de 40 les habitants des villages utilisaient les moulins à eau pour faire leur farine. Ici, pas de meunier. Chacun avait le droit de prendre la clef et de faire fonctionner le moulin pour son propre compte. C’était une proprièté collective comme beaucoup de terres. Cela appartenait à la section syndicale du village. Cela existe encore, on appelle cela des biens sectionaux.

Chacun mettait la main à la pâte pour l’entretenir.

Aujourd’hui encore les anciens du village s’en souviennent. Qui avait un parent qui faisait le graissage des pignons, l’autre fabriquait un morceau de bois pour la goulotte qui faisait dexcendre le grain ou bien refaisait un bout de toiture.

On s’y rerouvait parfois. On échangeait trois mots en rentrant les bêtes et on continuait son chemin.

On raconte…, on raconte que dans le temps, on ne sait plus exactement quand. Au début du siècle, l’autre tout de suite après la vilaine guerre. Celle de 14 – 18, plus jamais ça…

On raconte que le moulin de Senoueix abritait les amours de 2 habitants du village.

Elle c’était la Lucie. Ses parents lui avaient laissé une petite maison en haut du hameau. Une pièce, basse dde plafond, une table, deux chaises, une pendule, une ou deux lampes pigeon et un lit clos. C’était à peu prés tout. Quelques petits bouts de terres et deux ou trois parcelles de bois, une vache, et une dizaine de lapins et de poules.

Elle n’était pas très belle avec un grand menton un visage qui n’en finissait pas. On imaginait bien la vieille que ça ferait. Les enfants en auraient peur.

Lui, le Félix était bien plus vieux qu’elle. 15 ans ou même peut-être 20 les séparaient. Il avait presque plus de vue. Une sale maladie ramassée on ne sait où à 9 ou 10 ans, une saloperie mal soignée. On ne peut pas leur en vouloir, ils n’avaient pas d’argent, ni pour le docteur ni pour les médicaments. Son frère parti pour Paris comme maçon écrivait à sa mère : “Achéte lui un sirop et un fortifiant je t’enverrai l’argent…”

N’empêche que le Félix, l’aveugle comme on l’appelait et la Lucie se souriaent quand ils se croisaient. Ils se disaient toujours quelques mots. Elle savait lire, la Lucie. Sa mère ou sa tante le lui avait appris pendant les veillées. Elle n’avait pour tout livre que le dictionnaire, un petit Larousse illustré, le Catalogue de la Manufacture des Armes et Cycles de Saint Etienne, on disait la Manu… et une collection de vieux Chasseur Français de 1911.

Félix, quasi-aveugle lui avait demandé un jour qu’il allait au puit au coin de la maison de Lucie, si elle voudrait bien lui lire des choses de temps en temps.. Le pauvre vivait tout seul dans la petite maison construite par son frère sur la route de Saint Marc quand il avait fallu qu’il quitte la maison de sa mère, la famille s’agrandissant encore. Il aimerait tant qu’elle lui lise quelque chose, lui qui ne voyait même plus les vaches dans les champs. Mais il ne fallait pas que les autres au village le sachent. Ils se moqueraient de lui, surtout de lui.

Alors ils prirent habitude de se retrouver en début d’après-midi pendant que les autres faisaient un repos après le repas et avant de repartir aux champs.

Sur l’arrière du moulin vers la rivière, assis sur le talus du bief avec le gargouillis de l’eau et le grincement de la roue, elle lui lisait un passage du Chasseur français ou lui racontait quelque “nouveauté” du catalogue d’avant guerre.

D’autres fois, elle lui demandait de lui donner un mot et ils partaient en voyage dans le dictionnaire. Un mot les emportait vers un autre, et un autre, et encore un… Elle lui racontait tout, même les illustrations.

Les jours d’hiver, quand le vent faisait entrer la neige partout, même dans les yeux, ils s’abritaient dans le moulin, serrés l’un contre l’autre pour résister au froid. Et le temps passant, Félix et Lucie de pouvaient plus rater ces petits moments où tout semblait ne plus exister. Rien d’autre qu’eux deux et un bric-à-brac d’objets ne leur servant à rien ou plutôt à tout puisqu’ils les entraînaient dans un superbe voyage à travers le monde, le catalogue et le dictionnaire. Et puis, les objets regagnaient leur page, les mots leur place et chacun rentrait s’occuper de ses affaires, l’air de rien…

Bien des années plus tard, la Lucie était seule. Félix était parti depuis longtemps.

Le menton en galoche remontait en avant, son nez crochu lui cachait la moustache, ses dents semblaient jouer à cache-cache dans sa grande bouche qui bougeait tout le temps comme si elle mangeait un éternel morceau de pain.

Elle allait sans arrêt par les chemins, cherchant ses poules ou bien glanant quelques bois morts. Elle marmonnait des phrases incompréhensibles et si vous la croisiez et lui adressiez la parole, elle répondait :”bonjour, petit ! Tu es arrivé… quand est-ce que tu repart !” On ne savait pas si on l’ennuyait ou au contraire si elle avait peur, à peine vous voyant, de se retrouver bien vite toute seule à nouveau.

Parfois, vers 2 ou 3 heures après le repas du midi, on l’apercevait rasant les murs de pierre sèche. Elle filait vers le moulin en claudiquant, l’air de rien.

La Lucie est morte en 68, l’année de mon service militaire !

Tout le monde se moquait d’elle gentiment parce qu’elle n’avait pas connu d’homme… “Ah si vous aviez trente ans de moins” lui disaient ses vieux voisins veufs depuis des lustres, le sourire en coin, “vous verriez ce que c’est, la Lucie…” Elle partait en courant et en grommelant “Oh les vieux coquins !!” Mais on voyait un grand sourire et des étoiles dans les yeux illuminer ce vieux visage rabougri… “Si tu savais, vieux coquin…”

Comme je regrette de n’avoir d’elle qu’une vieille lampe pigeon qu’elle m’avait offerte pour mes 12 ans. J’aimerais, aujourd’hui feuilleter le Catalogue de la Manu ou les vieux Chasseurs…

On ne saura jamais si cette histoire est vraie, encore moins si Félix et Lucie ont fait autre chose que lire et se raconter des merveilles au moulin… Ils sont partis tous les deux avec leur histoire. Personne n’a jamais retrouvé de catalogue, ni de vieux Chasseurs français et c’est tant mieux…

Mon vieil grand-oncle m’a laissé un seul livre. C’est une version de 1911 du Petit Larousse illustré….

Il habitait la maison voisine de celle de la Lucie !

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